17.10.2008

EVALUATION DE LA RECHERCHE EN DROIT : L'AERES ELABORE UN CLASSEMENT DES REVUES JURIDIQUES

Mes nouvelles fonctions de vice-président de l’Université, Chargé du Conseil scientifique et donc de la recherche à l’université Toulouse I sont passionnantes. Elles me permettent de rencontrer, d’échanger, de discuter avec tous les acteurs de la recherche à l’université Toulouse I et même au sein du PRES (Pôle de recherche d’enseignement supérieur) Université de Toulouse. Les rencontres avec les économistes, mathématiciens – je n’étais pas très brillant dans cette discipline au collège et au lycée – des gestionnaires, des linguistes, juristes… de l’université Toulouse I et des mécaniciens, médecins, philosophes, polytechniciens… au sein du PRES Univesrité de Toulouse, est très enrichissante pour le juriste que je suis.

J’ai toujours pensé que la recherche est « une » même si elle est diversifiée. Comment l’évaluer ? Dans les autres disciplines que le droit ou en général les sciences humaines et sociales, des critères « lisibles » existent. Par exemple, les revues où sont publiés les travaux de recherche sont classées en plusieurs niveaux, comme – pardon pour la comparaison – les étoiles pour les hôtels. Ainsi, en économie ou en gestion par exemple, une revue de rang 1 est véritablement d’excellence. En droit, un tel classement de revues n’existe pas (encore ) en France. Pour combien de temps ?

L’agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) a mis en ligne le 30 juillet 2008 un document sur la spécificité de la recherche en droit que tout juriste devrait lire (http://www.aeres-evaluation.fr/Droit).
En effet, l’idée selon laquelle les classements ne seraient pas possibles en droit est aujourd’hui dépassée. En tant qu’enseignant chercheur, on ne peut que penser que c’est une fuite en avant pour ne pas mettre en place des critères objectifs d’évaluation de la recherche. Je suis très favorable à la mise en place de tels critères, même si je pense que la recherche en droit est spécifique et qu’elle ne doit pas nécessairement être évaluée sur les mêmes critères que d’autres disciplines. L’élaboration de critères est indispensable. Encore faut-il avoir en l’esprit que la recherche en droit est essentiellement nationale et parfois effectuée à destination des professionnels. Dans son texte sur la spécificité de la recherche en droit, l’AERES avait relevé l’impossibilité bibliométrique au profit d’une approche qualitative tenant compte de plusieurs critères notamment la « gouvernance » éditoriale de la revue (comité de lecture, évaluation à l’aveugle), la diffusion et visibilité de la revue (présence de contributions et/ou de résumé dans au moins une langue étrangère, ancienneté de la revue, diffusion sur l’Intenet, régularité éditoriale, constance du niveau scientifique moyen), la qualité scientifique de la publication par l’analyse de son contenu. Ce dernier critère est le plus délicat à apprécier mais d’après l’AERES – et je suis entièrement d’accord avec cette idée – il est le plus important.

La question est donc véritablement d’actualité : comment évaluer la recherche en droit ? Cette évaluation a un effet important, notamment pour obtenir une autorisation à soutenir une habilitation à diriger les recherches, une obtention de promotion… ou même un recrutement comme Maître de conférences ou Professeur. Chacun attend le classement des revues en droit. Des responsables de l’AERES l’ont annoncé pour NOEL. En attendant, en tant que vice-président de l’université Toulouse I, j’ai initié dans cette université une réflexion sur un tel classement. A cet effet, un groupe de travail composé de membres du Conseil scientifique a été mis en place et a commencé à travailler. Les responsables de laboratoires et d’équipes de recherches en droit vont, je l’espère y contribuer. Les résultats pourraient être envoyés aux experts de l’AERES en droit, dirigés par un de nos collègues d’Aix en Provence. L’idée serait certes d’effectuer un classement des revues, mais de le pondérer par la nature des travaux en cause (Essais, articles de doctrine, articles de Mélanges, chroniques, notes de jurisprudences…). Je ne vais pas manquer de publier les résultats sur ce blog, tout comme d’ailleurs les travaux de l’AERES. En attendant, comme souvent, je fais appel aux blogueurs. Des travaux de classement de revues existent-ils dans d’autres universités ? Quels sont les critères à retenir ? Comment évaluer le plus objectivement possible la recherche en droit ? C’est un défi important pour nous. La spécificité ne doit pas conduire au refus d’évaluation.
Enfin, selon la formule d'usage, ces idées n'engagent pas le Conseil scientifique de l'Université Toulouse I.

Commentaires

Ne devraient figurer parmi les revues de rang A que les revues généralistes, pour ne pénaliser aucune discipline (à condition d'être excellentes par ailleurs, évidemment, donc toutes les revues généralistes n' y seraient pas). En rang B, figureraient donc les revues plus spécialisées, sauf si la revue en question était vraiment d'une qualité et/ou réputation exceptionnelles. A ce moment là, elle pourrait prétendre se retrouver en rang A.

Ecrit par : Terminator | 17.10.2008

Bonjour Monsieur,

si vous permettez, deux remarques : d'une part, un classement officieux existe déjà. Chacun sait qu'il vaut mieux publier, dans diverses optiques, dans telle revue plutôt que dans telle autre.
D'autre part, mieux vaut juger la recherche à son contenu plutôt qu'à sa source. Certaines personnes n'ont pas aisément accès à de grandes revues pour des raisons d'absence de notoriété. Or, le seul véritable critère dans une bonne recherche est la qualité des écrits, pas le titre ou la réputation de leur producteur.

Personnellement, il y a surtout certains auteurs que je lis quelle que soit la revue dans laquelle ils écrivent, et non l'inverse.

Il me semble qu'il vaudrait mieux développer les revues de presse, c'est-à-dire la sélection, au sein de toutes les sources, des articles qui sont véritablement intéressants à lire. Et la collectivisation de telles opérations permettrait à chacun d'avancer plus vite dans ses travaux.

Enfin, ayant moi aussi beaucoup échangé avec d'autres doctorants de diverses disciplines, je trouve que la principale différence entre le droit et la plupart d'entre elles est l'existence, chez elles, d'un financement plus réel de la recherche : plus d'allocations, etc... Or, un tel financement est sans doute la base d'une recherche de qualité. Si la plupart des jeunes doctorants n'étaient pas obligés de travailler pour financer leur thèse, celle-ci serait sans aucun doute de bien meilleure qualité.

Ecrit par : Guillaume B. | 17.10.2008

Cher Hugues,

Délicat sujet en effet !

Les écoles de commerce françaises, dont la particularité est d'être en partie jugées sur leurs classements nationaux ou internationaux, se réfèrent depuis plusieurs années à différents systèmes de classification des revues.
Le classement le plus usité a longtemps été celui proposé par l'ESSEC : http://econtent.essec.fr/mediabanks/ESSEC-PDF/Enseignement%20et%20Recherche/Recherche/Classification_revues.pdf
Mais depuis quelque temps, les journaux qui dressent les classements des écoles se réfèrent à la liste CNRS (section 37 - Economie & Gestion, qui n'a pris en compte que les revues juridiques donnant une part significative à l'analyse économique du droit) : http://hp.idefi.cnrs.fr/marty/comnat/liste_juin_2008_v2_1.pdf

Ecrit par : C. Manara | 18.10.2008

Un problème essentiel se pose pour les revues juridiques : celle de leur spécialisation. Faut-il alors établir un classement entre les spécialités juridiques (comme il en existe un officieux à l'agrégation notamment). Selon ce classement officieux, au rang 1 serait classés le droit civil (celui des obligations) et le DIP, au rang 2 les autres disciplines ayant l'honneur de figurer parmi les spécialités de l'agrégation, au rang 3 toutes les autres. A mon avis, il faut éviter un tel classement. Tous le monde sera d'accord sur le principe. Sauf que, en réalité, on retrouvera en tête de liste les revues trimestrielles des grandes spécialités et, en fin de liste, les revues spécialisées dans les matières délaissées par les universitaires "classiques" ! Le risque serait le dépérissement de la recherche dans certaines spécialités actuellement délaissées. Mais à ce titre, le droit de l'environnement, si important aujourd'hui, n'aurait sans doute pas pu se développer naguère (comme jadis le droit du travail). Il faut aussi éviter un critère existant pour les "sciences dures" : celui du nombre de citations. Celles-ci sont parfois liées à des contraintes éditoriales qui n'ont rien à voir avec la qualité des articles ou des notes (les revues du même éditeur sont souvent citées). Lorsque les citations sont libres, elles sont parfois très orientées en faveur de proches (du même corps ou de la même université par exemple).
Enfin, l'acceptation des articles dans les revues n'est pas toujours liées à leur qualité mais à d'autres considérations : politique éditoriale, actualité, position de l'auteur dans la hiérarchie universitaire, longueur de l'article, relations,... Ceci rend difficile tout classement car les critères autres que la valeur intrinsèque (d'appréciation difficile) sont pris en considérations par toutes les revues.

Ecrit par : J.-J. S.-S. | 19.10.2008

Autre point important : il faut assurer une certaine impartialité du classement. Ceci sera difficile. Ceux qui connaissent les revues à classer écrivent dans celles-ci (ou sont membres de comités de lectures voir directeurs scientifiques). Peuvent-ils apprécier objectivement ces travaux ?
Problème : si l'impartialité est parfaitement assurée la compétence risque d'être faible (il faudrait prendre des personnes qui n'écrivent dans aucune revue) !

Ecrit par : J.-J. S.-S. | 19.10.2008

Quid des blogs dans tout ça ? Le professeur Kenfack doit certainement avoir un avis là dessus...

Ecrit par : Ionesco | 19.10.2008

Vos commentaires montrent bien toute la difficulté d'effectuer un classement des revues en droit mais aussi en même temps la nécessité de trouver des critères objectifs pour évaluer la recherche en droit
Comme l'indique bien cédric, on ne peut pas se référer à un classement qui n'a pris en compte que des revues juridiques ayant donné une priorité à l'analyse économique du Droit
Il est clair que le droit a sa spécificité qui ne doit pas être négligée. Le type de publication peut être plus important que la qualité de la revue. Un bon article de doctrine a sans doute plus de valeur scientifique qu'une note d'une page sur un arrêt, même publiée dans une revue de bon niveau.
Et les blogs? (c'est pour rire)
Je pense que ceux qui effectuent les classements vont tenir compte de cette spécificité.

Ecrit par : hugues kenfack | 19.10.2008

Ce qui me semble très grave c'est ce glissement du classement des travaux scientifiques au classement des revues, qui peuvent bénéficier d'une rente de situation et dont la marque n'est en aucun cas nécessairement le gage de la qualité des travaux qu'elles publient. Avec ces classements l'université risque de contribuer à la création de monopoles éditoriaux.
On prend le problème à l'envers. Que ce classement des revues existe, nul ne le niera, mais il faudrait au contraire poser comme essentiel le principe d'indépendance du classement des travaux à l'égard du classement des revues. Et c'est le classement des revues qui devrait découler du classement de leurs publications et non l'inverse. On ne rend service ni à ces revues ni aux chercheurs en droit en appréciant la qualité des travaux de ces derniers à l'aune de la revue qui les publie.
Apprécier les travaux ne demande que du temps, le temps de leur lecture. Est-ce trop demander?

Ecrit par : corbion lycette | 19.10.2008

C'est certainement trop demander en effet... Chacun sait bien que les évaluateurs n'ont pas toujours le temps de lire les travaux dans le détail. Et puis, autre problème : certains, parfois, vous lisent, et vous "flinguent" parce qu'ils ne sont pas d'accord avec vos thèses ! Du coup, exiger que l'évaluation se fasse par le contenu n'est pas un gage d'objectivité non plus. Par ailleurs, on pourra tout aussi bien vous "flinguer" si vous avez tel directeur de thèse, ou si vous venez de telle université. Finalement, ce classement des revues paraît une bonne chose pour éviter ce type "d'incidents". Ex. Un évaluateur n'aime pas ce que vous avez écrit, ou il hait votre directeur de thèse ? Dans le système actuel, vous ne passez pas. Avec le classement des revues, vous passez car si vous avez écrit des articles dans des revues bien classées, l'évaluateur aura plus de scrupules à vous "flinguer".

Ecrit par : Jean-Paul | 20.10.2008

Cette manie actuelle de vouloir "évaluer" les gens partout, et maintenant les enseignants-chercheurs est aussi puérile que dangereuse.

Il faut avoir l'intelligence élémentaire de savoir s'affranchir des effets de mode.

Tout jugement dans les matières relevant des sciences humaines est éminemment arbitraire. L'abandonner aux présidents d'Université est dangereux pour notre indépendance.

Si un tel classement officiel des revues ou des travaux avait existé à l'époque où ils étaient en activité, certains professeurs, qui se désintéressaient notoirement de l'enseignement, y auraient occupé une place éminente.

Nous avons été recrutés à l'issue de travaux et d'une activité d'enseignement. Déjà les choix qui ont présidé à ce recrutement sont parfois discutables : certains candidats aussi capables que nous, ont été écartés, faute de postes ou de chance.

La perspective d'être en permanence caporalisés au cours de notre carrière, à laquelle nous accédons tardivement, est pour le moins inquiétante.

Notre conscience professionnelle et notre goût pour notre métier devraient être considérés comme suffisants, surtout en contemplation de ce que nous sommes payés.

Qu'on nous laisse, une fois pour toutes, enseigner et chercher en paix !

Ecrit par : Merlin de Cambrai | 21.10.2008

" Qu'on nous laisse, une fois pour toutes, enseigner et chercher en paix !"

Le problème est qu'il y en a qui se fiche un peu de l'enseignement (ils ne sont pas la majorité heureusement, mais l'on peut clairement identifier quelques collègues dans chaque université), et que d'autres ne font pas du tout de recherche ou très peu. Le classement en soi n'est pas scandaleux, il faut simplement voir les modalités. Quant à la valorisation - indispensable - des activités d'enseignement dans la carrière, elle est préconisée dans le rapport Schwartz. J'espère qu'elle aura lieu. Pourquoi l'évaluation devrait-elle s'arrêter après les recrutements ?

Ecrit par : Merlin l'enchanteur | 21.10.2008

Cher homonyme,

Il y aura toujours deux catégories d'individus : les gens consciencieux et dévoués à leur tâche, d'une part, les gens désinvoltes, d'autre part.

Ce ne sont pas des procédures pompeusement qualifiée "d'évaluation", mot dont tout le monde dernièrement se gargarise, qui vont résoudre un problème vieux comme le monde.

La qualité de l'activité pédagogique étant insusceptible d'une évaluation objective et celle de "recherche" dans les sciences humaines l'étant très difficilement, l'évaluation préconisée ne fera que renforcer un arbitraire déjà beaucoup trop présent.

Vous allez "évaluer" la recherche au nombre de publications ou au nombre de pages, peut-être au poids ? Si c'est Michelle Gobert qui écrit aux Petites affiches un article de trois pages, ce peut être bien supérieur à un article de 30 pages rédigé par un plumitif quelconque dans une revue bien plus prestigieuse "scientifiquement" (sic) parlant. Et qui en jugera ?

Les gens qui, dans l'université, "se fichent un peu de l'enseignement", pour reprendre votre expression, ne seront pas inquiétés indifféremment : la chasse aux sorcières qui semble s'annoncer ne les concernera pas s'ils occupent une place éminente dans leur université. En revanche, les soutiers ont tout lieu d'être inquiet.

On ne va pas changer la nature humaine avec des "évaluations".

Ecrit par : Merlin de Cambrai | 21.10.2008

Mais, cher Merlin, ne trouvez-vous pas anormal que tous les enseignants-chercheurs aient la même prime annuelle d'enseignement et de recherche ? Que l'on ait écrit cinq articles ou rien du tout, on a droit à la même chose. Et, si on est mauvais enseignant, cela n'a aucune conséquence pour la promotion. C'est tout de même un peu curieux non ? Le problème reste évidemment les modalités d'attribution de ces primes. Aujourd'hui l'Etat distribue la même à tout le monde, il n'y a donc aucun risque d'arbitraire sauf que c'est injuste. Demain, les primes seront différenciées, ce qui sera plus juste a priori, mais il y a effectivement un risque d'arbitraire. Cependant, ceux qui doivent être inquiets, me semble-t-il, ne sont pas ceux qui s'investissent dans leur travail, qui appartiennent à la bonne catégorie d'individus. Ce sont les autres. Mais peut-être suis-je un peu naïf...
Qui jugera des travaux ? Je ne crois pas que le problème naîtra de la mise en place de l'évaluation. Il existe déjà. Je crois au contraire que le classement des revues, à condition qu'il soit l'objet d'un très large consensus, qu'il soit accepté par la majorité de la communauté des juristes, et qu'il puisse évoluer régulièrement, permettra d'évaluer plus objectivement qu'aujourd'hui les travaux. Si les petites affiches, par exemple, étaient mal classées, et que vous pensez que votre article est bon, vous n'irez pas le leur proposer. Donc Michelle Gobert s'abstiendrait de faire ce que vous évoquez. A l'inverse, une revue bien classée refuserait de publier un article de "faible valeur scientifique", car elle recevra tellement de bons articles (puisque bien classée) qu'elle pourra mieux séparer le bon grain de l'ivraie.

Ecrit par : Merlin l'enchanteur | 21.10.2008

Cher homonyme,

Je vous confirme que vous me paraissez faire preuve d'une certaine candeur, peut-être imputable à votre âge relativement jeune (comme mon cousin germain Merlin de Douai, je suis un homme du XVIIIème siècle).

L'accès aux publications est, comme vous devez, quand même, le savoir, tout sauf égalitaire et fondé sur des critères objectifs.

Pensez-vous sérieusement que le fait d'avoir écrit cinq articles dans l'année est un critère d'une activité de recherche soutenue ? Ces cinq articles, je peux vous les infliger par mois, si vous le souhaitez. Mais comment déterminera-t-on leur qualité ?

Je donnais dans ma précédente intervention, l'exemple de Michelle Gobert (un exemple parmi d'autres, je le reprends simplement parce que je l'ai à l'esprit et que je relisais un article d'elle hier) : elle est loin d'avoir écrit cinq articles par an au cours de sa carrière ! Et si elle avait dû le faire, peut-être ses publications n'auraient-elles pas été de la même qualité.

Par ailleurs, "l'évaluation" - décidément ce mot m'insupporte, est une réforme voulue pour l'université dans son ensemble. Mais dans les sections 01 et 02 du CNU, je pressens malheureusement comment les choses vont se passer.

Ces sections se singularisent, en effet, par l'existence d'une agrégation du supérieur, qui crée deux catégories d'enseignant-chercheurs qui ne sont pas, en pratique, au même niveau hiérarchique : les professeurs et les maîtres de conférences.

Les professeurs agrégés n'ont aucun souci à se faire pour l'évaluation de leurs activités de recherche et d'enseignement : ils dirigent les centres de recherche, les master 2 et les thèses, et les portes des revues les plus prestigieuses leur sont ouvertes. Au demeurant, personne n'aura la démarche déplacée consistant à prétendre "évaluer" défavorablement des gens ayant passé avec succès un concours aussi prestigieux que l'agrégation externe.

Les maîtres de conférences, en revanche, ont des soucis à se faire, surtout les jeunes maîtres de conférences, dont certains, en applaudissant la réforme, ne se rendent même pas compte qu'ils sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. Ils vont devoir rendre des comptes, alors que les critères d'évaluation, en sciences humaines, encore une fois, sont éminemment subjectifs.

Reprenons votre exemple de quelqu'un qui ne publie pas cinq articles par an, peut-être tout simplement parce qu'il n'a pas trouvé suffisamment de revues pour ce faire (par exemple, en droit public, où le nombre de revues est nettement plus restreint qu'en droit privé) : vous proposez de lui sucrer sa prime, alors que, par ailleurs, il se sera peut-être investi avec beaucoup de conscience et de capacités dans ses activités pédagogiques.

Mais, me direz-vous, il pourrait récupérer par ailleurs une prime d'encadrement. L'ennui, c'est que pour recevoir une prime d'encadrement, il faudrait avoir quelque chose à encadrer et qu'en général les cours avec un important encadrement sont des cours prestigieux attribués en priorité aux professeurs, en tout cas dans les grandes universités.

Il suffit d'ouvrir le Dalloz pour s'apercevoir qu'on assiste à une inflation de publications sans intérêt, faites par des gens qui publient uniquement pour publier (bien entendu, je ne vise pas l'excellente chronique "panorama" du droit des transports - je ne suis pas maso quand même, je préfère laisser à mon billet une chance de rester en ligne sur ce blog). Je vous laisse imaginer quelle sera la situation si tout le monde se met à vouloir publier cinq articles par an. D'ailleurs il n'y aura pas assez de revues pour ouvrir leurs colonnes à tous ces nouvelles vocations.

Désolé pour le désordre de ces réflexions, mais c'est un peu la communication par internet qui veut ça.

Ecrit par : Merlin de Cambrai | 21.10.2008

Cher Merlin de Cambrai,
Vous avez en partie raison, évidemment. Ce sont ceux qui en ont déjà beaucoup qui en auront peut-être encore plus... D'accord avec vous aussi sur le fait que bon nombre de publications, dans le dalloz ou ailleurs, ne présentent aucun intérêt. D'accord aussi pour dire que la sélection des articles est totalement arbitraire, du moins en ce qui concerne certaines revues. Rien n'est parfait, mais il y a quand même des revues dont l'objectivité semble plus grande que d'autres. Et, d'ailleurs, ce ne sont pas seulement celles qui mettent en place un comité de rédaction. Je pense notamment à la revue (...) qui fonctionne toujours avec les mêmes auteurs, lesquels se rabâchent depuis des décennies... La situation des professeurs que vous décrivez, les critères subjectifs d'évaluation en sciences humaines, tout cela existe déjà ! Et, oui, peut-être que tout le monde ne pourra pas publier. Snif. Mais ça nous évitera d'avoir à subir des articles qui, justement, ne présentent aucun intérêt. Par ailleurs, des revues disparaîtront. Mais des revues électroniques seront crées... Et il faudra alors revoir le classement peut-être ?

Ecrit par : Merlin l'enchanteur | 21.10.2008

Juste pour signaler que toute l'évaluation des enseignants ne se limite pas simplement à la publication des articles. Il y a d'autres critères (cf. les critères de l'aeres)
Même si c'est une évidence, de nombreux enseignants-chercheurs font très bien leur travail dans l'enseignement et la recherche. C'est vrai que la question se pose de savoir comment valoriser l'enseignement et non pas seulement la recherche. Si cette dernière est très importante, la première l'est tout autant. mais comment la valoriser?

Ecrit par : hugues kenfack | 21.10.2008

Difficile car, dans les grosses universités, les enseignements les plus intéressants sont assurés par les professeurs. Donc évaluer l'activité d'enseignement par rapport aux cours dispensés serait injuste pour les MCF.
Autre critère qui pourrait être retenu : le nombre d'heures. Mais ce critère ne va pas non plus, car l'on peut s'investir beaucoup dans l'enseignement, c'est-à-dire faire plein d'heures complémentaires, et pour autant dispenser un enseignement de "mauvaise qualité" (d'ailleurs plus on fait d'heures, plus c'est difficile de faire de bons cours). Le critère le plus objectif semble être l'évaluation par les étudiants. Bien entendu, on dira que les étudiants sont incapables d'évaluer un enseignement et qu'il est démago de leur attribuer cette responsabilité.
Mais, honnêtement, si l'on veut évaluer l'enseignement, je ne vois pas comment faire autrement ? Des inspecteurs dans les amphis ?
Par ailleurs, on ne pourrait pas non plus évaluer l'enseignement par rapport aux taux de réussite. Ou bien alors, tous les étudiants auraient leur diplôme. Du reste, c'est peut-être le risque, aussi, si l'on fait évaluer l'enseignement par les étudiants. Pour être bien noté, l'on donnerait des sujets d'examen faciles... En fait, l'évaluation par les étudiants devrait avoir lieu avant les examens ! Bon, tout ça n'est pas simple.

Ecrit par : Evaluator | 22.10.2008

Je viens de lire, sur le site du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, le "plan carrières..." qui, normalement, devrait être mis en place l'an prochain (faisant suite au rapport Schwartz). Il est proposé que les enseignants-chercheurs soient évalués systématiquement par le CNU tous les 4 ans. Il serait tenu compte des activités d'enseignement. Et pour évaluer lesdites activités, on tiendrait compte de l'avis des étudiants. Mais celui-ci ne serait pas le seul critère d'évaluation. Les autres seraient notamment : l'encadrement d'une formation ou d'un diplôme et la diversité et la difficulté des enseignements.

Ecrit par : Popaul | 22.10.2008

À Merlin l'enchanteur,
la prime de recherche attribuée à tous n'est en rien injuste. Elle est simplement mal nommée. Ni prime, ni recherche. Étant donné son montant et les dates auxquelles elle est versée, elle n'a jamais été rien d'autre, pour des émoluments par ailleurs modestes, qu'un 12ème mois et 1/2 permettant de couvrir quelques cadeaux de Noël et de s'offrir un petit extra en été.
Quant aux primes à venir qui résulteront d'une évaluation, elles ne pourront être qu'injustes car ainsi que l'a fort bien écrit votre homonyme les critères d'évaluation ne pourront être qu'éminemment subjectifs ou, ajouterai-je, devenir objectifs au risque de ne plus être des critères pertinents.

Ecrit par : corbion lycette | 22.10.2008

Et qui évaluera les évaluateurs du CNU?

Ecrit par : corbion lycette | 22.10.2008

A ce compte là, plus personne n'évalue personne ! Car s'il faut du monde pour évaluer les évaluateurs, il en faudrait aussi pour évaluer les évaluateurs des évaluateurs, et ainsi de suite... Vous raisonnez comme si nous n'étions pas déjà - parfois très mal - évalués.
La prime de recherche est injuste car tout le monde reçoit le même montant alors que certains publient et d'autres pas. Vous me direz, ceux qui publient se rattrapent avec les droits d'auteur. Mais là, tout le monde rigole (rires).

Ecrit par : Merlin l'enchanteur | 22.10.2008

Je trouve personnellement très choquant que les apôtres de la "culture du résultat" qui nous gouvernent, évitent de s'appliquer à eux-mêmes leurs propres principes.

Par exemple, alors que nous entrons en récession économique pour une période au minimum d'un an à un an et demi, on pourrait imaginer d'inviter l'auteur de la formule "j'irai chercher le point de croissance qui nous manque avec les dents si nécessaire", d'en tirer les conséquences, au lieu d'avoir multiplié son salaire par deux.

Mais laissons de côté le terrain mouvant de la politique, sinon la discussion va, au mieux, sortir de son cadre universitaire et juridique, au pire dégénérer.

Comme l'a souligné Lycette Corbion, la prime de recherche est un complément indispensable au traitement. La supprimer à ceux qui ne publierait pas serait tout simplement indigne.

Je ne vois pas pourquoi les droits d'auteurs vous font rire : dans certaines revues, ils ne sont pas si indécents que ça, en tout comparés avec le montant de la prime de recherche, précisément.

Ecrit par : Merlin de Cambrai | 22.10.2008

Le problème est qu'avec ce système l'enseignement supérieur s'aligne sur le secondaire (où les profs sont notés par les inspecteurs). En échange de quelques primes, les enseignants du supérieurs risquent de perdre ce qui fait véritablement l'attrait de ce beau métier : la liberté intellectuelle. Pour être riche, il faut effectivement choisir une autre voie...
Mais veut-on faire des professeurs ou des MCF des coureurs de cachets ? Plus largement l'enseignement universitaire et la recherche iront-elles en s'améliorant si tous les personnels courent après leur prime ? Pensez-vous que la justice est mieux rendue depuis que les juges bénéficient d'une prime liée au rendement ?

Ecrit par : Jacques | 22.10.2008

Il ne s'agirait pas de supprimer la prime d'enseignement et de recherche, mais de la moduler en fonction des activités de chacun. Il y aurait un plancher et un plafond... Les droits d'auteur sont, généralement, d'un montant modeste, mais il doit y avoir des exceptions évidemment. Je n'ai pas choisi d'être enseignant chercheur pour être riche mais je trouve normal d'être mieux payé qu'un collègue qui travaille moins que moi (et normal qu'un collègue soit mieux payé que moi s'il travaille mieux).
La justice n'est peut-être pas mieux rendue mais ceux qui bénéficient des primes ne sont pas mécontents de la toucher, et, individuellement, ne rendent sans doute pas la justice moins bien qu'avant.

Ecrit par : Merlin l'enchanteur | 22.10.2008

Et si nous commencions déjà par exiger des universitaires, quel que soit leur grade, qu'ils fassent tout simplement leur métier? Ainsi, exiger qu'ils dispensent leurs cours autrement qu'en les groupant sur trois ou quatre semaines, qu'ils soient relativement disponibles pour les étudiants, qu'ils prennent part à la vie de la structure qui les accueille (notre hôte nous démontre ce qu'est le dévouement universitaire en même temps qu'il souligne la difficulté de publier dans ces conditions), i.e. qu'ils acceptent d'encadrer les étudiants en stage à l'heure du développement des filières professionalisantes, qu'ils acceptent de diriger une formation, de participer aux réunions et qu'ils publient régulièrement? Car combien d'universitaires fantômes qu'on ne croise pas dans les couloirs de l'université, dont le nom n'apparaît dans aucune revue, mais qu'on a toutes les chances d'entendre devant une juridiction puisqu'ils ont choisi de faire de leur titre universitaire un élément attractif de clientèle libérale? En aucun cas, il ne s'agit de dire que cette activité devrait être interdite: elle est nécesaire et utile tant pour son caractère alimentaire que pour enrichir, au contact de la pratique, une réflexion théorique. Mais elle doit être un accesoire, en temps au moins (elle devient vite une source principale de revenus, la faute revenant à la fortune que nous paie l'Etat) afin que les activités principales d'enseignement et de recherche puissent être menées. En commençant par ce contrôle d'une activité normale et suffisante d'universitaire, la tache est déjà grande. Et qu'on ne prenne pas mes propos comme une attaque dirigée contre tous ceux qui mélangent les activités car certains parmi eux le font avec talent dans tous les domaines et publient tout en consultant beaucoup.
Par ailleurs, qu'est-ce qu'une bonne publication? Il y a certainement autant d'avis que de lecteurs de la dite publication. Je constate seulement que dans certaines revues trimestrielles, on publie parfois des articles qui n'apportent rien ni pour la théorie ni pour la pratique et qui, au mieux, soulignent l'érudition de leur auteur. Je constate aussi que dans certaines matières très pratiques qui ont des revues dédiées, certains articles sont riches pour la matière en question (et ont souvent nécessité des recherches poussées), dont les implications pratiques quotidiennes sont parfois (souvent?) plus importantes que celles de certaines notions classiques du droit civil sur lesquelles on tourne en rond à force d'écrire. Mais cela souligne un mal français: l'académisme. Le sujet de la publication suffit bien souvent à la considérer comme intéressante, ou non, ce qui lui ouvrira plus ou moins facilement les portes des revues considérer comme les plus prestigieuses. D'ailleurs, lorsqu'on sait que l'activité des praticiens se spécialise de plus en plus (ce qui ne va pas s'arranger avec la spécialisation territoriale des juridictions) et qu'en conséquence, ils s'abonnent à des revues spécialisées de préférence aux revues généralistes, publier dans une revue spécialisée peut être le moyen de faire passer plus rapidement ses idées et donc, de les voir consacrer par la pratique. Dès lors, le critère du classement de la revue me semble insuffisant et, contrairement à ce qui a été exprimé plus haut, je me dis que le critère de la citation est peut-être celui qui atteste le plus de la dimension scientifique de la publication.
Evaluation: poudre aux yeux?
Merlin Pinpin

Ecrit par : Merlin Pinpin | 22.10.2008

Un bref retour sur les primes de recherche. Qu'est -ce qui fait le plus défaut au chercheur? Le temps. Alors offrons à tous les enseignants chercheurs un salaire décent, rendant définitivement sans attrait les heures supplémentaires et libérons du temps en heures d'enseignement aux enseignants qui présenteraient et soumettraient aux conseils scientifiques de leurs universités des projets de recherche autres que des brèves ou notes, lesquels ne requièrent pas la même mobilisation temporelle et dont les rémunérations des éditeurs représentent une contrepartie en effet non négligeable. Plutôt que la distinction par le salaire, la distinction par les charges d'enseignement, sachant qu'à une année plutôt consacrée à la recherche pourrait succéder une année totalement consacrée à l'enseignement, au choix de l'enseignant-chercheur et en fonction de la cohérence de ses projets de recherche

Ecrit par : corbion lycette | 22.10.2008

Mais pourquoi diable refuser une distinction par le salaire ? On sait très bien que l'Etat n'a pas d'argent (et qu'on ne me fasse pas le coup de l'argent qui trouve en ce moment pour les banques...). Donc, une augmentation significative du traitement pour tout le monde n'est pas possible. Le peu d'argent qui va être distribué en plus ne doit pas être partagé de façon strictement égalitaire. Il doit être distribué en fonction des mérites de chacun, pour les activités et d'enseignement et de recherche (avec des modulations dans le temps possibles comme vous l'indiquez et qui sont souhaitables en effet). Demain, chacun sera évalué régulièrement, et pas moins objectivement qu'aujourd'hui (il faut quand même arrêter de dire que, aujourd'hui, le système d'évaluation est parfait !). Et ce classement individuel permettra par là même un classement des centres de recherche et des universités. Et ceux qui seront le mieux classé, non seulement bénéficieront d'une bonne réputation, mais aussi ils attireront des étudiants, peut-être des chercheurs et enseignants d'autres pays, et puis plus d'argent de la part de l'Etat. On change totalement de modèle en effet...

Ecrit par : Merlinviteau | 22.10.2008

À chacun son Merlin!
Merlinette

Ecrit par : corbion lycette | 23.10.2008

Bonjour. Personnellement, je trouve plutôt indécent de dire que les chercheurs n'ont pas un salaire décent (particulièrement en province, où le coût de la vie n'est pas parisien)... Jetez un oeil en dessous !
Je rejoins d'ailleurs l'enchanteur sur la question de la prime de recherche. Une prime, par définition, s'ajoute à un salaire. Or, outre que les enseignants-chercheurs qui ne cherchent pas sont déjà payés deux fois trop, c'est pousser le bouchon trop loin que de les doter, au surplus, d'une prime pour ce qu'ils ne font pas !

Personnellement (une fois de plus), je suis plutôt pour un système libéral en matière d'enseignement et de recherche. Mais cela ne m'empêche pas, puisqu'il faut bien admettre que je ne suis que doctorant, d'être énervé par des statutaires qui ne font le travail pour lequel on les paye.
Quant à dire que les universitaires manquent de temps... Il suffit de ne pas dire oui à tout !

Ecrit par : Leroy-Merlin | 23.10.2008

Je discerne pas mal d'acrimonie et de volonté de revanche dans divers commentaires publiés depuis hier.

Si on résume ces commentaires, ils se divisent en deux catégories :

- ceux qui sous-entendent que les universitaires sont déjà beaucoup trop payés pour ce qu'ils font, que ce sont des privilégiés qui devraient aller faire un tour dans le privé pour comprendre ce que c'est que l'efficacité et la conscience professionnelles ;

- ceux qui nous expliquent que la différenciation des rémunérations va permettre de mettre au pas les "brebis galeuses" - leurs collègues qui, contrairement à eux dont le comportement est exemplaire, ne font pas leur travail ;

Aux premiers, je réponds : venez-donc nous rejoindre, si vous estimez que nous sommes payés à ne rien faire. Qu'est-ce qui vous en empêche ? L'envie ? Ou les capacités, peut-être ?

Aux seconds, je dis : vous allez vous gargarisant du terme d'évaluation et prônant une sorte de nuit des longs couteaux, mais vous éludez le coeur du problème, la très grande difficulté d'évaluer objectivement une activité de recherche dans les sciences humaines et l'impossibilité d'évaluer objectivement une activité pédagogique.

Beaucoup d'auteurs qui ont joué un rôle très important en doctrine ont peu publié : Jacques Flour hier, Philippe Rémy aujourd'hui, par exemple. Je pourrais citer, à l'inverse, les noms d'universitaires qui ont beaucoup publiés, mais qui n'ont pas accompli correctement leur mission d'enseignement (je ne le ferai pas).

L'évaluation que vous appelez de vos voeux conduira à une prime à la quantité et donc à l'inflation de publications sans intérêt, et de toute manière les revues ne pourront publier tout le monde : il y aura beaucoup de laissés pour compte.

Je suggère aux chantres de la rémunération au mérite d'aller faire un petit tour aux Etats-Unis, pour se convaincre des difficultés qu'il y a à publier dans certaines disciplines, à cause du nombre de chercheurs qui souhaitent faire de même.

S'agissant de l'activité pédagogique, les responsabilités sont accaparés dans les grandes universités par les professeurs au détriment des maîtres de conférences, notamment dans les sections 1 et 2. Beaucoup de maîtres de conférences ne pourront mettre en valeur leur dévouement pédagogique.

La "rémunération au mérite" ne fera que renforcer le cortège des petites intrigues, déjà suffisamment nombreuses dans les universités. Une rémunération fixée objectivement, à l'ancienneté, est le seul moyen d'éviter ces dérives.

Et arrêtons de dire que l'Université française va mal et que la concurrence entre les établissements va tout arranger.

L'université française ne se porte pas si mal que ça et les universitaires assument actuellement très honorablement leur missions. Leur rémunération n'est pas mirifique, elle est modeste, surtout celle des maîtres de conférences. Ils ne sont pas pour autant mécontents de leur sort, parce qu'ils exercent un métier intéressant et qu'ils jouissent d'une grande liberté. Ils souhaitent simplement que cette liberté ne soit pas remise en cause par des atteintes ouvertes ou larvées à leur statut. Imposer une "évaluation" ou "rémunération au mérite" est précisément de nature à porter une atteinte larvée à ce statut, et c'est la raison pour laquelle, à titre personnel, je ne l'accepte pas.

Par ailleurs, cessons de faire montre d'une admiration béate et naïve à l'égard du système universitaire anglo-saxon : ce n'est pas la concurrence entre les établissements qui expliquent les meilleures conditions de travail - parfois et pas toujours, d'ailleurs - des universitaires américains et, dans une moindre mesure, anglais, mais le fait que les droits d'inscription étant dix fois plus élevés qu'en France, les universités importantes y disposent de moyens bien plus élevés que les universités françaises.

Le président d'une grande université m'avait confié jadis qu'il suffirait de multiplier les droits d'inscription des étudiants par deux, pour qu'elles soient déjà en mesure d'améliorer grandement les conditions de travail. L'observation m'a été faite il y a une vingtaine d'années. Je doute qu'elle soit caduque aujourd'hui.

Enfin, j'invite les thuriféraires du libéralisme à l'anglo-saxonne à candidater outre-Manche à des postes de maîtres de conférences et une fois nommés, à confronter leurs obligations professionnelles en termes de recherche, leur fiche de paie et le coût de la vie au Royaume-Uni : une telle expérience les amènerait peut-être à réfléchir un peu...

Ecrit par : Merlin de Cambrai | 23.10.2008

Merlin de Cambrai a-t-il résidé à Marseille ? On dit qu’il y aurait développé un petit penchant coupable pour l’exagération. Du coup, son art du résumé a accusé le coup…
Certaines généralisations sont pourtant bonnes à asséner : l’évaluation n’est-elle pas, par essence, subjective ? Cela empêche-t-il d’y recourir ? N’est-ce pas par ce biais que toute université dote ses étudiants (ou pas) de diplômes ? Hop, une certitude : tout étudiant (Flour, Rémy et les autres) a nécessairement été évalué…
Souvent, très souvent même, au sein de certains conseils de mon Université, j’entends la formule « cela conduira à » (et autres futurs), qui précède généralement la décision de ne rien changer. Procédé classique : entretenir la peur du changement… Du coup, je me méfie beaucoup plus des prophètes autoproclamés, nombreux dans les facultés, que des évaluateurs zélés.
Est-il encore nécessaire de préciser que poser les personnes favorables à des évaluations comme des pro-américains, c’est procéder à une ultime généralisation.

Ecrit par : Merlin de Marseille | 23.10.2008

Quitte à paraître non pas marseillaise mais conservatrice si je comprends bien Merlin de Marseille (la fameuse peur du changement, c'est un refrain maintenant bien connu des résistants), j'ajouterai aux propos de Merlin de Cambrai, que ceux qui défendent la différenciation des rémunérations ne semblent avoir aucun doute sur leurs propres mérites en termes d'enseignement et d'activité scientifique et être assurés de recevoir demain ces primes qui récompenseraient leur travail plus intense ou meilleur (ce qui n'est pas tout à fait la même chose) que celui de leurs collègues.
À Leroy-Merlin, vous avez raison l'adjectif "indécent" était excessif. Il n'empêche que 2000 euros par mois, pour un MCF depuis 4 ans mais comptant 15 ans d'enseignement à l'université, dont à peine 7 sont comptabilisés pour l'ancienneté, représentent un salaire modeste, sachant que dans une famille de taille moyenne (un couple et deux enfants virgule quelque chose, je crois) il n'est pas rare qu'un des parents soit à la recherche d'un emploi.

Ecrit par : corbion lycette | 23.10.2008

Je suis pour l'augmentation des frais d'inscription. Mais, ça aussi, c'est s'inspirer des universités américaines (horreur ! ). A condition que des bourses dignes de ce nom permettent à chacun de poursuivre des études.

"Une telle expérience les amènerait peut-être à réfléchir un peu..." Merci du conseil. En effet, je n'ai pas souvent l'occasion de réfléchir (même pas un peu). Mais c'est normal, je suis "thuriféraire du libéralisme à l'anglo-saxonne" et "fait montre d'une admiration béate et naïve à l'égard du système universitaire anglo-saxon".
Pour moi, la discussion s'arrête là, et pour vous aussi sans doute car, manifestement, vous n'avez plus rien à dire.

Ecrit par : Merlin l'enchanteur | 23.10.2008

Je crois effectivement que l'évaluation est nécessaire, tant au niveau de l'activité d'enseignement que de l'activité de recherche, sachant que statutairement, l'une et l'autre sont liées. Cependant, ne soyons peut-être pas plus royalistes que le roi (merlin). S'agissant de l'activité d'enseignement, commençons par exiger que tout le service soit rempli, de façon régulière ie en demandant une présence régulière et une certaine disponibilité pour les étudiants. Acceptons aussi d'être évalués par eux. Ceux qui y enseignent le savent, cela se fait dans les écoles de commerce, dans les IUP, dans les IUT. Et il n'est pas à craindre une poussée démagogique car dans leur majorité, les étudiants sont responsables et veulent travailler: ils attendent donc des enseignants compétents et peu importe qu'ils soient exigents. Ils demandent seulement que la pédagogie soit adaptée et un peu de disponibilité de leurs enseignants. Parallèlement, et afin de prendre en compte les tendances qui se révèlent dans les commentaires des étudiants, acceptons les comités de perfectionnement...cela se fait aussi dans certaines unniversités. Mais pour le reste, il me semble difficile d'aller plus loin et notamment, de prendre en compte les activités administratives puisque les MCF (les jeunes en tout cas) en ont moins que les Professeurs, ou alors ils ont les moins prestigieuses (en terme de prestige académique du moins...mais pas forcément les moins prestigieuses pour la pratique).
S'agissant de la recherche, qui est le coeur de la question de notre hôte, la question est vraiment difficile, mais le constat est tout de même partagé: le système actuel n'est ni bon, ni juste. Il n'est pas bon car il permet à certains de ne rien faire; il n'est pas juste car leur traitement est malgré ce identique à celui de leurs collègues qui cherchent. Reste que noter la recherche est difficile car chacun doit être libre de chercher dans le domaine qui l'intéresse. Aussi encore une fois, essayons de tout voir. Déjà, n'oublions pas que peu de labo répondent à des appels d'offres. C'est peut-être une chose à revoir. Ensuite, la prime de recherche pourrait être subordonnée, dans son principe même, à une activité de publication minimum: au moins deux ou trois articles par an, au format des chroniques Dalloz ou JCP, nombre qui devrait être évidemment pondéré pour prendre en compte la publication d'un article dans des mélanges, dans une trimestrielle (ces écrits étant souvent plus longs), ou la publication d'un ouvrage, encore que certains, qui ne sont que la publication d'un cours, ne devraient peut-être pas être pris en considération (il s'agit avant tout d'une activité d'enseignement). La participation à des colloques devrait aussi entrer en ligne de compte. Ces exigences respectées, le principe de la prime de recherche pourrait être acquis et ceux qui ne les remplissent pas devraient pouvoir se voir imposer un tiers d'heures de cours supplémentaires. Resterait la question du montant de la prime de recherche. Deux systèmes sont envisageables: un montant fixe et unique, identique pour tous. Un autre, où on module le montant en fonction du niveau de la recherche susdite. Ou un mélange des deux: une part fixe, une autre variable. Pour déterminer la part variable, je pense que plusieurs critères devraient être pris en compte, en les pondérant chacun d'un coefficient. Premier critère, la diffusion de la revue de publication; deuxième critère, les citations de la publication par les autres auteurs; un troisième critère qui pourrait être constitué par le prestige de la revue et qui pourrait changer chaque année en fonction d'un rang attribué à la revue en fonction des deux premiers critères (sa difusion et le nombre de citation des articles parus en son sein); un quatrième et dernier critère peut-être pour tenter de prendre en considération le domaine sur lequel porte l'article car un écrit en droit de la santé n'aura peut-être pas la même résonnance quantitative qu'un article en droit des obligations sur une notion classique alors que sa valeur scientifique (son apport pour la matière) est peut-être plus important...d'où la proprosition de compter, en plus des citations du deuxième critère, les citations dans les articles de la même matière.
On dira que la proposition est compliquée. Je préfère dire complexe. Mais les débats précédents font apparaître que le sujet n'est pas facile. En outre, j'indique que je vous livre mes réflexions "brutes de décoffrage".
Mais une chose est certaine: qui n'avance pas recule.
Bien à vous tous.

Merlin Pinpin

Ecrit par : Merlin Pinpin | 23.10.2008

J'ajoute que demander deux ou trois articles permet encore de faire de la consultation, ce qui, je le répète, est nécessaire pour nourrir sa réflexion et son frigo. Car oui, les universitaires ne sont pas payés à hauteur des exigences pédagogiques, scientifiques et administratives de pointe qu'on exige d'eux.
MP

Ecrit par : Merlin Pinpin | 23.10.2008

"la prime de recherche pourrait être subordonnée, dans son principe même, à une activité de publication minimum: au moins deux ou trois articles par an, au format des chroniques Dalloz ou JCP, nombre qui devrait être évidemment pondéré pour prendre en compte la publication d'un article dans des mélanges, dans une trimestrielle (ces écrits étant souvent plus longs), ou la publication d'un ouvrage, encore que certains, qui ne sont que la publication d'un cours, ne devraient peut-être pas être pris en considération (il s'agit avant tout d'une activité d'enseignement). La participation à des colloques devrait aussi entrer en ligne de compte. Ces exigences respectées, le principe de la prime de recherche pourrait être acquis et ceux qui ne les remplissent pas devraient pouvoir se voir imposer un tiers d'heures de cours supplémentaires."

Dins tin rêfe, tiot biloute ;)

Ecrit par : Merlin de Cambrai | 23.10.2008

C'est vrai, je rêve un peu, mais c'est parce que je suis jeune et encore passionné par mon métier. Je m'efforce de faire de bon cours, d'intéresser mes étudiants, d'être à leur écoute tout en publiant le plus et le mieux possible sur des sujets qui me tiennent à coeur. On fait un métier génial et comme vous, je ne veux pas me faire caporaliser. Mais puisque de toutes façons, les universitaires seront évalués, autant que nous prenions la main plutôt que de nous faire imposer un système idélogique et démagogique. Et je n'ai pas envie de perdre ma liberté du fait d'une minorité qui ne fait pas correctement le travail pour lequel elle a été recrutée.

Ecrit par : Merlin Pinpin | 24.10.2008

dans les prochains jours, je vais vous livrer la prémière ébauche du travail qui a été effectué par un groupe de travail issu de membres du CS
Comme toujours, je pense que tout classement est sujet à critique...
L'évaluation est vraiment très difficile... mais utile.

Ecrit par : hugues.kenfack | 25.10.2008

Les résultats du second concours d'agrégation de droit privé sont en ligne sur le site du ministère.
Félicitations aux 8 lauréats !
Des réactions ?

Ecrit par : J.-J. S.-S. | 30.10.2008

Mes pensées les meilleures pour tous les candidats ayant participé à ce concours, mes félicitations à tous les lauréats et un bravissimo tout particulier à Arnaud de Bissy puisque je n'ai pas l'honneur de connaître les autres lauréats de ce concours.

Ecrit par : corbion lycette | 30.10.2008

Il est très louable de s'essayer à établir une hiérarchie entre les différentes revues juridiques quant à leur valeur respective. Mais je crains que cette tâche ne doit vouée d'avance à l'échec, étant donné son extrême difficulté.
Le paysage des revues juridiques en France est actuellement très éclaté. A côté des revues générale classiques, on trouve des revues spécialisées, de plus en plus nombreuses.
Que comparera-t-on, sachant que ces deux catégories de revues sont trop différentes l'une de l'autre pour espérer les confronter de la façon pertinente?
Au sein même des revues spécialisées, on peut distinguer plusieurs sortes. Ainsi par exemple, les revues spécialisées du groupe Francis Lefebvre sont différentes de celles de Lexis Litec, Dalloz ou du groupe Lextenso éditions.
La difficulté à établir le classement viendra aussi de la prise en compte du statut des auteurs des articles publiés.
Les professeurs chargés de l'évaluation pourront-ils oser mieux noter les revues dans lesquelles écrivent souvent les praticiens?
Par exemple, en France, nous avons actuellement deux revues dédiées au droit fiscal : Droit fiscal (Litec) et Revue de jurisprudence fisacle (Francis Lefebvre). Or les 3/4 des auteurs des articles publiés dans chacune de ces revues sont des avocats, des juges ou des praticiens. Ces deux revues sont-elles des revues universitaires, abstraction faite du fait qu'elles pourraient être dirigées par un professeur d'université (Dibout, prof à Assas, pour Droit fiscal)?
certaines revues publient très rarement des maîtres de conférences. Devra-t-on mal apprécier les revues qui s'ouvrent aux maîtres de conférences?
Un autre problème : tous les professeurs d'université n'ont pas la même valeur, mais ils peuvent tous publier. Le milieu universitaire est capable d'identifier les principaux grands professeurs ou les grands professeurs en devenir dans les domaines juridiques. Devra-t-on mieux noter les revues accueillant les articles de ces professeurs-là?
Avant, les choses étaient faciles : la majorité des revues était trimestrielle ou bimentuelle; on trouvait aussi des revues annuelles (AJDA) ou des revues hebdomadaires (Dalloz, JCP). Mais leur nombre était limité.
Or, au cours des dernières années, Lexis Litec, d'une part, et Dalloz, d'autre part, ont crée quantité de revues spécialisées, les unes mensuelles, les autres hebdomadaires : il s'agit de revues souvent très chères et dont on peut penser que les cabinets d'avocats, les entreprises et les administrations sont les destinataires privilégiés, les enseignants universitaires étant peu fortunés pour les acheter régulièrement. Quelle valeur donnée à ces revues écrites avant tout dans l'intérêt des praticiens?
Les anciennes revues juridiques sont de moins en moins utilisées par les avocats, qui leur préfèrent aujourd'hui les revues spécialisées. Est-ce le signe qu'elles ne valent plus beaucoup?

Ecrit par : Laboca | 30.10.2008

S'il devient difficile de publier pour un maitre de conférences, qu'en sera-t-il pour un doctorant ou un docteur visant la qualification au CNU? Certaines revues excluront d'office ces auteurs? Ou bien choisira-t-on l'auteur en fonction de son université, de son labo de recherches, de son directeur de thèse?

Ecrit par : stephane | 30.11.2008

rien ne me vient a l'esprit. ma foi, je peut pas comprendre la difference entre l'appreciation des recherches scientifiques de droit et par ex. de philologie

Ecrit par : Max People search | 19.02.2009

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